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Karokh

 

1. Résumé

Peuple d’ombre et de justice rugissante, les Karokh sont nés d’un paradoxe qu’ils ne cherchent pas à adoucir : ils se savent descendants de monstres, et ils ont décidé que cette origine ne serait ni une excuse, ni une chaîne — seulement une preuve de leur légitimité. Sur Ciem’rak, monde de ténèbres, de brumes fongiques et d’anciens prédateurs, ils ont longtemps vécu repliés derrière des cités-forteresses, non par goût de l’isolement, mais par lucidité : l’ombre était leur berceau, et le dehors, un gouffre.

Au sommet de leur nation trône la Tusk, Istota Primordiale, reine sacrée et rempart vivant. Son titre ne désigne pas seulement une souveraine : il signifie aussi défense — arme, héritage, bouclier. À ses côtés se tient le Myrzeth, conseiller permanent, maître des rites, dépositaire des doléances et pivot juridique : il écoute, tranche, et rappelle au peuple que la justice n’est pas une émotion, mais une architecture. Ensemble, ils président le Conseil de la Flamme Juste, assemblée martiale où siègent les représentants des factions karokh.

 

Les Karokh possèdent un pouvoir ancien : absorber la force vitale d’autrui. Ce don est aujourd’hui encadré par des lois et des rites, parce qu’une capacité aussi intime n’a qu’un seul avenir si on la banalise : devenir un crime de masse. Hors combat, l’usage reconnu est celui des Souffles Liés, cérémonies consenties où l’échange d’essence devient union. Sur le champ de bataille, en revanche, les Karokh appliquent une doctrine simple : le Châtiment Légitime. Ils frappent vite, fort, et ne cherchent pas le “beau” — ils cherchent le définitif.

 

Enfin, leur foi n’est pas religieuse : elle est mémorielle. Chaque acte laisse une trace, chaque affront appelle sentence. Ils ne vénèrent pas les dieux, car ils les maudissent, traquent les traces de leurs actes, et rêvent un jour de les juger.

 

2. Physionomie, esthétique et symbolique

2.1 Des humanoïdes, et pourtant marqués

Les Karokh sont des humanoïdes : proportions, démarche, besoins biologiques, tout reste proche des autres peuples mortels (les Dwunogi). Leur étrangeté ne vient pas d’une anatomie impossible, mais d’une signature de leur origine.

 

Teintes de peau : du blanc cadavérique à des blancs aux sous-tons bleu nocturne.

Regard : souvent décrit comme “fixe” ou “trop présent” — non par monstruosité, mais par intensité.

Dents : présence de crocs discrets, suffisamment visibles pour évoquer l’imagerie vampirique sans la caricaturer.

Pilosité / dimorphisme : globalement normaux ; très peu de dimorphisme marqué.

 

Ils restent “beaux” au sens classique — et c’est précisément ce qui trouble : chez eux, la monstruosité est une histoire, pas une difformité.

2.2 Matériaux et palette : obsidienne, os, sobriété

Leur esthétique privilégie l’utile, le durable, le symbolique.

 

Matériaux dominants : obsidienne, os pétrifié, métal sombre ; l’ornement existe, mais il sert la mémoire ou le rang, rarement la coquetterie.

Architecture : cités d’obsidienne et d’os, bâties autour de cœurs-forteresses.

Tenues : variables (civil, militaire, rituel), mais la cohérence karokh tient moins aux tissus qu’aux motifs (serment, défense, mémoire).

2.3 Symboles récurrents : défense, serment, mémoire

Trois idées structurent leur imaginaire collectif :

 

La Défense : survivre fut longtemps un siège permanent ; protéger n’est pas un rôle, c’est un réflexe.

Le Serment : promesse gravée, dette assumée ; un serment n’est pas “moral”, il est exécutoire.

La Mémoire : l’identité karokh se construit contre l’oubli ; oublier est une seconde mort.

 

3. Métaphysique : Iyībnad, absorption et “voix”

3.1 Iyībnad : les Ténèbres Primordiales

Les Karokh nomment Iyībnad les Ténèbres Primordiales — l’origine supposée (et ressentie) des Istota et de l’obscurité durable de Ciem’rak. Là où d’autres peuples parleraient de mythe, les Karokh parlent d’une présence : quelque chose qui influence, qui pèse, qui “existe” par ses effets.

Ils ne le vénèrent pas. Ils le considèrent comme une cause — et une accusation : s’ils sont nés d’une ombre première, alors leur devoir est de ne pas en reproduire la brutalité aveugle.

 

3.2 L’absorption vitale : pouvoir biologique, expression éthérique

L’absorption est décrite comme un pouvoir biologique mais Éther-compatible : les Karokh n’inventent pas une “magie” extérieure à Cyrkiel, ils manipulent une capacité innée qui interagit avec l’Éther.

Concrètement, un Karokh peut absorber la force vitale : par contact ou proximité immédiate, et de manière plus ou moins profonde selon la maîtrise, l’état de la cible, et le contexte (rituel / combat).

Ce pouvoir est considéré comme un acte lour de conséquences : il ne “prend” pas seulement de l’énergie, il modifie l’équilibre de l’être ciblé jusqu'à pouvoir éradiquer son existence.

 

3.3 Le consentement comme loi visible

Hors combat, le vol d’énergie vitale est illégal. Le système karokh ne repose pas uniquement sur des témoignages : il repose aussi sur une conséquence observable.

Une absorption non consentie provoque chez la victime une perturbation éthérique perceptible : aura instable, “clignotante”, désaccordée, comme un cœur qui s’emballe. Cette trace n’est pas une preuve parfaite, mais elle rend l’abus difficile à cacher et nourrit une justice rapide : tribunaux, enquêtes, et sanctions exemplaires.

 

3.4 Les “voix” : culpabilité, faim, paranoïa

Dans leur récit fondateur, Iyībnad ne se contente pas d’avoir créé l’ombre : il a laissé une empreinte psychologique. Les Karokh parlent de voix — non pas des ordres précis, mais une poussée mêlant culpabilité (exister “par accident”) et faim (désir d’absorber). Cette tension a façonné une culture obsédée par l’encadrement : si l’instinct existe, alors la loi doit être plus forte que l’impulsion.

 

4. Chronologie relative

Les Karokh n’écrivent pas leur histoire comme une épopée. Ils l’écrivent comme une suite de mesures de survie devenues institutions.

Phase I — Repli et cités-ossuaires

Naissance d’un peuple assiégé : construction de forteresses, organisation défensive, premiers Murs des Serments.

Phase II — La Légion d’Honneur (ancienne forme)

Une armée structurée pour maintenir en vie un peuple encore dispersé et vulnérable.

Phase III — Sécurisation totale et scission

Quand les cités deviennent réellement protectrices, la Légion d’Honneur change de nature :

  • les défenseurs planétaires conservent le nom de Légion d’Honneur ;

  • deux piliers émergent : Milice Hurlante et Inquisition Larmoyante.

Phase IV — Le Faucheur (contact extra-ordinaire)

Entre la scission et la grande crise, les Karokh rencontrent une entité surnommée le Faucheur, associée à la destruction. Ils n’en tirent ni foi, ni paix : seulement la confirmation qu’il existe des puissances “au-delà” — et qu’elles méritent d’être craintes, puis jugées.

Phase V — La Crise de Ciem’rak (siècle des 3300)

Le mois de la peur, les traques, l’ombre qui se referme : la menace Istota culmine.

Phase VI — 3350 : absorption de Baghūla’

La Tusk absorbe Baghūla’, créature annuelle de terreur. Cet acte marque un basculement : la peur cesse d’être cyclique, elle devient conquise.

Phase VII — Le Conseil Lunaire détruit

Libérée de sa contrainte fondamentale (la lumière), la Tusk quitte Ciem’rak et détruit le Conseil Lunaire des Velkris avec une facilité qui deviendra un traumatisme diplomatique durable.

Phase VIII — Expansion et reconquête

Après le repli, l’ouverture : alliances, guerres, contrats, et projection hors du monde natal.


5. Psychologie collective et rapports au vivant

5.1 Un peuple forgé par la culpabilité — puis par le refus de la subir

Les Karokh ont longtemps porté l’idée d’un “droit incertain à exister”. La réponse n’a pas été le repentir : ce fut la discipline. Chez eux, la morale n’est pas une posture ; c’est un mécanisme de survie contre l’instinct (faim) et contre le monde (prédateurs, sectes, dieux).

5.2 Justice comme respiration sociale

Leur justice est dure parce qu’elle est pensée comme prophylaxie : un crime n’est pas seulement un mal, c’est une brèche. Le Myrzeth et les tribunaux ne “punissent” pas : ils réparent l’architecture collective.

5.3 Rapport au non-Karokh : ouverture conditionnelle

Les Karokh peuvent être étonnamment ouverts, mais rarement “tolérants” au sens mou. Ils acceptent les peuples accidentels, ceux qui ont connu la honte ou la traque. En revanche, ils méprisent les cultures de domination gratuite et les discours racistes : non par vertu, mais parce que ce sont des prémices de massacre.


6. Organisation politique et administrative

6.1 La Tusk : souveraineté, rempart, incarnation

La Tusk est à la fois chef d’État, symbole et arme. Sa nature d’Istota Primordiale n’est pas un secret : elle est la preuve vivante de l’origine sombre… et de la possibilité de la maîtriser.

6.2 Le Myrzeth : loi, rite, mémoire

Le Myrzeth siège dans les affaires de justice, supervise les rites et conserve les doléances. Il est décrit comme “moins écrasant” que la Tusk, mais souvent plus inquiétant : il a le temps, la méthode, et la connaissance d’anciens savoirs.

6.3 Le Conseil de la Flamme Juste

Il regroupe la Tusk, le Myrzeth, et les représentants de toutes les factions karokh : autant de sièges qu’il existe de pôles d’influence (stratèges, inquisiteurs, commandants, chefs d’unités, etc.). Sa fonction n’est pas la discussion interminable : c’est l’alignement des moyens sur la doctrine.


7. Doctrine centrale : le Châtiment Légitime

Le Châtiment Légitime n’est pas une “rage”. C’est une logique.

  • Une injustice non punie est une permission.

  • Une permission devient une habitude.

  • Une habitude devient un monde invivable.

Ainsi, frapper vite et fort n’est pas une brutalité gratuite : c’est, pour eux, une prévention. Le danger de cette doctrine est évident : elle peut transformer la justice en réflexe de destruction. Les Karokh en sont conscients… et préfèrent ce risque à celui de redevenir des proies.


8. Science, économie et expansion

8.1 Deux Filières de Reconquête : Racine et Sommet

  • La Racine (scientifique) exhume les restes Istota pour comprendre leur création et neutraliser ce qui les a engendrés.

  • Le Sommet (magique/éthérique) expérimente sur os, chairs résiduelles et souvenirs fossiles pour créer des monstres sous contrôle, utilisés comme catalyseurs militaires.

Ces deux filières ne sont pas rivales : elles fonctionnent en complémentarité. Le prix diplomatique, lui, est élevé : beaucoup d’autres peuples voient ces pratiques comme une dérive.

8.2 La Milice Hurlante : mercenariat sous condition

La Milice Hurlante vend ses services, mais refuse les contrats qu’elle juge injustes. L’injustice est évaluée à partir d’un socle “universalisable” (massacre gratuit, prédation sur des innocents, crimes sans cause culturelle reconnue). Les litiges contractuels peuvent être arbitrés par tribunal karokh, avec présence possible du Myrzeth.

8.3 L’Inquisition Larmoyante : guerre aux sectes, sans nuance

Son mandat est radical : éradiquer toutes les sectes, y compris celles qui se prétendent “bénignes” ou “bienveillantes”. Pour l’Inquisition Larmoyante, le problème n’est pas le contenu moral d’un culte : c’est le fait même d’organiser une dépendance à une puissance supérieure.


9. Rites, sacré et mécanique du quotidien

9.1 Les Souffles Liés

Cérémonies consenties, souvent entre amants, où l’absorption devient échange : chacun donne et reçoit, transformant une capacité prédatrice en lien volontaire. C’est connu et assumé : on ne cache pas un rite destiné précisément à prouver qu’on n’est pas esclave de sa faim.

9.2 Mur des Serments et Puits de Mémoire

Chaque bâtiment public possède un Mur des Serments :

  • les serments tenus y sont gravés ;

  • les serments brisés y deviennent cendres.

Les Puits de Mémoire sont des bassins rituels où l’on se plonge pour “se rappeler”. L’effet est à la fois symbolique et littéral : un rappel, une résonance, une remise en ordre de soi. Toute la population y a accès, parce que la mémoire n’est pas un privilège : c’est une hygiène.


10. Vie quotidienne : enfance, travail, liens

10.1 Enfance : apprendre à se tenir

L’enfant karokh apprend tôt trois choses : se protéger, protéger, et ne pas confondre l’instinct avec le droit. On ne lui enseigne pas la douceur — on lui enseigne le contrôle.

10.2 Travail : service, compétence, trace

Le travail est valorisé non pour la richesse, mais pour la tenue : ce qui résiste, ce qui dure, ce qui protège. L’échec n’est pas humiliant s’il est corrigé ; en revanche, la négligence est un délit culturel.

10.3 Relations : intensité encadrée

Les liens sont profonds, parfois exclusifs, rarement frivoles. L’intimité est respectée parce qu’elle est un lieu de pouvoir — et donc un lieu de responsabilité.


11. Diplomatie et réputation

11.1 Yshaïm : cousins d’errance

Respectés, laissés libres, parfois invités à collaborer lors de campagnes punitives ou intégrés à certaines cellules de traque.

11.2 Erelith : pacifisme incompris

Leur pacifisme est vécu comme une insulte à l’Histoire. Les Karokh ne les attaquent pas nécessairement, mais les méprisent avec constance, voyant leur neutralité comme une faiblesse dangereuse.

11.3 Velkris : traumatisme et rupture

La destruction du Conseil Lunaire par la Tusk a figé une hostilité durable. Les Karokh y voient un acte “nécessaire” ; les autres y voient la preuve qu’un souverain karokh est une arme stratégique.

11.4 K’Sarim et Varnaya : fracture morale

Les Karokh ont historiquement penché du côté des Varnaya, refusant qu’un peuple soit réduit à un sous-statut. Leur opposition aux K’Sarim a moins une cause territoriale qu’un point de principe : l’asservissement “raisonnable” est, pour eux, une injustice fondatrice.

11.5 Myrrhoï : neutralité bienveillante

Les Myrrhoï sont généralement acceptés : une autre existence née d’un accident, une autre preuve que la valeur d’un peuple ne dépend pas d’un récit “pur”.


12. Tabous et exceptions

12.1 Tabous fréquents

  • Absorber la force vitale sans consentement hors combat.

  • Briser un serment sans réparation officielle.

  • Mentir devant un tribunal ou au Myrzeth (mensonge “architectural”).

  • Former, protéger ou propager une secte (quelle qu’elle soit).

  • Profaner un Mur des Serments ou détourner un Puits de Mémoire.

12.2 Exceptions

  • Combat déclaré : l’absorption devient un acte de guerre admis.

  • Duel rituel / jugement martial : quand la culture reconnaît la confrontation comme procédure.

  • Souffles Liés : échange explicitement consenti, encadré par les usages.

  • Réparation : un serment brisé peut être “racheté” par sentence, dette, ou service imposé.


13. Glossaire

  • Karokh : peuple mortel de Ciem’rak, marqué par l’ombre et la justice mémorielle.

  • Ciem’rak : monde de ténèbres, brumes fongiques, et menaces anciennes.

  • Istota : créatures/êtres liés aux origines sombres de Ciem’rak.

  • Iyībnad : “Ténèbres Primordiales”, présence originelle associée à la création des Istota.

  • Tusk : souveraine primordiale karokh, Istota, rempart vivant.

  • Myrzeth : conseiller primordiale, rite et justice, dépositaire des doléances.

  • Conseil de la Flamme Juste : organe martial rassemblant les factions karokh.

  • Châtiment Légitime : doctrine de justice rapide et définitive.

  • Souffles Liés : rites d’échange vital consenti, souvent intime.

  • Mur des Serments : registre public des promesses tenues/brisé(es).

  • Puits de Mémoire : bassins rituels de rappel et d’alignement.

  • Milice Hurlante : mercenaires sous condition de “contrat juste”.

  • Inquisition Larmoyante : éradication systématique des sectes.

  • Racine / Sommet : filières de reconquête scientifique et magique.

  • Baghūla’ : prédateur annuel mythifié, absorbé par la Tusk en 3350.

  • Dwunogi : ensemble des races mortelles (dont les Karokh).


14. Tensions et paradoxes

  • Ils maudissent les dieux, mais vivent avec une présence primordiale (Iyībnad) qu’ils disent réelle : leur “athéisme” est un refus de soumission, pas un déni du surnaturel.

  • Ils prônent la justice, mais pratiquent l’éradication (Inquisition Larmoyante) : le risque permanent est de confondre prévention et extermination.

  • Ils encadrent la faim, mais la portent au cœur du lien (Souffles Liés) : transformer l’instinct en rite n’efface pas l’instinct, il le rend socialement acceptable.

  • Ils sont ouverts aux peuples “accidentels”, mais impitoyables envers les cultes : compassion pour l’origine, dureté envers la dépendance.

  • La question de leur reproduction originelle demeure : connue, discutée à demi-mots, et utilisée par leurs ennemis comme arme morale — sans que les Karokh eux-mêmes offrent de réponse publique.