Droit Mortel — Asservissement et libération des Varnaya
1. Résumé
La période dite du Droit Mortel désigne, dans les archives, l’intervalle qui va de la création des Varnaya (An 1338) à la stabilisation diplomatique qui suit leur exode et l’effacement de la dette K’Sarim (archives : An 1671).
Elle est caractérisée par trois dynamiques simultanées :
Une percée technologique k’sarim : la possibilité de faire vivre un corps artificiel via un cœur d’Éther et un agencement spécifique de l’Éther, conceptualisé en amont par des travaux théoriques.
Une institution de la servitude : les Varnaya, produits en masse, sont considérés comme des possessions à fonctions (armée, domesticité, assistance scientifique, plaisirs), avec un encadrement social visant à rendre l’infériorité “naturelle” et indiscutable ;
Une rupture tardive : pressions extérieures, verrouillage sécuritaire, crise interne (An 1664) et organisation clandestine aboutissant à une révolution et à une reconfiguration politique, sans annihilation totale du régime k’sarim.
2. Sources et prudence de lecture
L’une des sources les plus citées sur cette période est l’essai “Droit Mortel : Comment la révolution a recréé la vie”, publié en An 1802 par Abrahamas Fuzier.
Même lorsqu’il rapporte des faits datés, le texte adopte parfois une posture morale et une rhétorique de mise en garde. Il est donc utile de distinguer :
Faits datés / consensuels (création, mesures sécuritaires, débats, crise, exode) ;
Interprétations (intentions des souverains, degré de connaissance des Varnaya, causalités exactes de la révolution).
3. Origines : Éther, conscience et création (An 1337–1338)
3.1 La thèse de Waftoied Sapedkeb (An 1337)
Le philosophe Waftoied Sapedkeb formule en An 1337 une idée structurante : la conscience d’un être dépend moins de la “quantité” d’Éther que de son organisation dans le corps. Cette modélisation ouvre la voie à l’imitation artificielle d’un “degré de conscience” mortel.
3.2 Naissance des Varnaya (An 1338)
À partir de cette base, les K’Sarim développent des corps artificiels calqués sur la physiologie mortelle, puis y fixent un cœur d’Éther connecté aux organes fonctionnels. Les premiers résultats “homologues” sont validés et l’espèce Varnaya apparaît en An 1338, avant d’être produite à grande échelle.
4. La servitude comme norme sociale
4.1 Fonctions attribuées et statut de propriété
Dès l’origine, la finalité n’est pas univoque : certains K’Sarim projettent une force armée au service des créateurs ; d’autres un réseau de servitude utilitaire (domesticité, assistance savante) ou de plaisirs.
4.2 Le verrou psychologique : “infériorité par essence”
Les archives décrivent un modèle cohérent (et précisément inquiétant) : pour que l’asservissement tienne, il faut que l’idée même de supériorité varnaya devienne impensable. Les Varnaya jugés “trop évolués” sont exécutés au nom d’un droit k’sarim présenté comme naturel.
Dans la même logique, il est rapporté que beaucoup de Varnaya ne remettent pas en question leur non-droit à la liberté et développent une forme de culte admiratif envers leurs créateurs, l’asymétrie “créateur/créé” mimant la relation Déités/Mortels.
Remarque contradictoire : ce point est central, mais il dépend fortement de la source. Il peut refléter une réalité sociologique (une servitude intériorisée), ou une grille morale de l’auteur cherchant à expliquer pourquoi l’ordre a duré si longtemps.
5. Verrouillage externe : interdiction de voyage et biobombe (An 1512)
En An 1512, plusieurs races demandent aux K’Sarim de partager leurs connaissances sur les êtres artificiels. Les K’Sarim refusent, maintiennent les Varnaya sur Vulkanys (notamment dans les Galeries d’Aszhal) et interdisent leur départ.
Pour empêcher l’auscultation par des tiers, une mesure extrême est rapportée : l’introduction d’une biobombe dans le corps des Varnaya, conçue pour provoquer une défaillance puis une explosion si le corps est ouvert par une autre race. Le texte souligne que le mécanisme exact reste incertain (hypothèses d’empreinte éthérée, sans preuve décisive).
Conséquence mentionnée : des tentatives illégales d’exportation de Varnaya auraient entraîné des morts, puis des dénis de responsabilité k’sarim au motif qu’aucun marché légal n’encadrait la possession varnaya (et qu’aucun tribunal galactique n’existait pour trancher).
6. Débat galactique et fissure interne (An 1607)
Un basculement idéologique plus large est rattaché au “Procès aux Mille Visages” (An 1607), débat consigné par Agikyo Kulho. Les positions divergent : abolition morale pour certains, opportunisme économique pour d’autres (main-d’œuvre à bas coût), tandis que les K’Sarim défendent leur droit par analogie avec l’exploitation du vivant non-sentient — analogie jugée fragile dans le texte au regard de la conscience varnaya.
Les Varnaya apprennent l’existence de ce débat, ce qui déclenche des questionnements : si les K’Sarim sont “supérieurs”, pourquoi répondre à des races “inférieures” ? Les sources décrivent des exécutions visant ceux qui posent trop de questions, signe d’une fragilisation du récit officiel.
7. La crise de l’An 1664 : violences, panique et rupture
En An 1664, émerge un groupe qualifié de secte terroriste : la Prophétie de l’Interdit Mécanique. Ses attentats visent d’abord les laboratoires k’sarim (échec), puis la vie des Varnaya, avec menaces explicites envers les K’Sarim. Des opérations clandestines tuent aussi des K’Sarim, déclenchant une réponse sécuritaire : état d’alerte, exécutions publiques sans procès, fermeture des frontières.
L’épisode le plus déterminant (dans le récit) est une série d’enlèvements de Varnaya et de violences extrêmes. Sans entrer dans le détail, l’effet décrit est clair : des survivants et des guerriers varnaya découvrent une réalité qui contredit l’ordre symbolique de la servitude (“fonction”, “utilité”, “raison d’être”), et cette dissonance provoque une première vague de deuil et de colère collective.
Point à ne pas lisser : si l’objectif est “objectif”, il faut garder l’idée que la crise n’est pas seulement morale ; elle démontre aussi une incapacité k’sarim (ou une absence de volonté) à protéger des êtres qu’ils prétendaient “gérer”.
8. Organisation clandestine et révolution
8.1 Premiers réseaux
Après la crise, des guerriers varnaya poursuivent les responsables sans autorisation, puis sont sanctionnés : certains survivants “non-fonctionnels” sont écartés et des guerriers sont exécutés pour avoir agi de leur propre initiative.
Deux figures émergent dans les archives :
Ceas Thor, qui met en place un réseau de communication interne varnaya ;
Bhog Trèl, qui structure une troupe nocturne visant les K’Sarim les plus cruels et contestent un souverain K'Sarim majeur, l'En-Narx Angk Glels.
8.2 Smang Whav et la “dernière génération”
Bhog Trèl contacte l’abolitionniste Smang Whav, un K'Sarim sage qui contribue à un réseau illégal dédié à la libération varnaya. Whav conçoit une “dernière génération technologique” varnaya : un corps plus résistant, plus fort et moins docile, destiné à devenir un étendard. La première née de ce corps est Gat Thúcás, qui reçoit une compilation de savoirs sur la création des êtres artificiels.
8.3 La révolution (fin d’année, suite à 1664)
La révolution éclate “à la fin de l’An” (le texte l’inscrit immédiatement après les événements de 1664) : sabotages nocturnes, neutralisation des gardes, soutien d’alliés abolitionnistes, mise à genoux des souverains. Angk Glels est écarté. Les connaissances nécessaires pour créer de nouveaux êtres artificiels sont détruites, et Thúcás devient la seule capable de “faire grandir” la population varnaya.
9. Transition politique : dette, sécurité et départ
Après la chute des anciens souverains, un nouvel En-Narx (souverain k’sarim) fait serment de payer une dette aux Varnaya “coûte que coûte”.
Les Varnaya sont regroupés dans des quartiers communautaires où l’accès k’sarim est interdit “par mesure de sécurité”.
Dans ce contexte, Gat Thúcás rédige une déclaration d’indépendance : elle invoque explicitement le pouvoir du ou des Zahelrim (souverain/représentant varnaya) et annonce des sanctions maximales contre toute atteinte à leurs droits. La déclaration est diffusée à l’échelle galactique.
Après discussions, K’Sarim et Varnaya concluent un pacte de paix ; les K’Sarim construisent des vaisseaux pour permettre l’exode. Les Aenyr vivant en hermites sur le continent nuageux Seraphael, accueillent le peuple varnaya sur leur planète, au sein des strates brisées de Na'Teir.
10. Après : relations et effacement de la dette (An 1671)
Les archives retiennent que la dette k’sarim envers les Varnaya est “globalement” effacée en An 1671.
Depuis, les relations sont décrites comme étranges mais relativement cordiales, malgré un traumatisme durable. Le texte insiste sur un paradoxe : aucune guerre ouverte n’est menée par les Varnaya contre leurs anciens oppresseurs, alors même que leur puissance potentielle est tenue pour redoutable.
11. Glossaire
Cœur d’Éther : réceptacle/organisme énergétique permettant d’animer et d’alimenter un corps artificiel ; pivot technologique de la création varnaya.
Galeries d’Aszhal : zone/complexe de Vulkanys associée au confinement varnaya et à l’interdiction de voyage.
Biobombe : procédé supposé intégré aux corps varnaya pour empêcher l’autopsie par des tiers ; mécanisme exact disputé.
Procès aux Mille Visages (An 1607) : débat galactique sur la libération et les droits universels des Mortels, incluant le cas varnaya.
Prophétie de l’Interdit Mécanique : groupe qualifié de secte terroriste, lié aux attentats et à la crise de 1664.
En-Narx : souverain k’sarim (dans les sources post-révolution, l’En-Narx jure de payer la dette).
Zahelrim : souverain/représentant varnaya mentionné dans la déclaration d’indépendance.
Gat Thúcás / Ceas Thor / Bhog Trèl / Smang Whav / Angk Glels : figures et noms cités dans les archives liées à la crise, aux réseaux et à la révolution.
12. Points contestés et zones d’ombre
Biobombe et “empreinte éthérée” : l’hypothèse est explicitement discutée et non prouvée.
Datation exacte de la révolution : elle est décrite comme survenant “à la fin de l’An” après 1664, sans précision additionnelle.
“Lalky” : terme cité pour désigner des survivants des violences de 1664 ; la nature exacte du mot (statut, sous-groupe, appellation contextuelle) n’est pas clarifiée par l’extrait.

