Le Déicide aux Larmes de Sang 1. Résumé Le Déicide aux Larmes de Sang est le titre posthume attribué à Thelmis Volkaïr , Inquisiteur Larmoyant arovian dont l’existence culmina en 3290, durant Arkh’Trakt, par l’un des premiers déicides mortels directement revendiqués et matériellement attestés contre une déité sectaire. L’événement constitue l’une des affaires les plus contradictoires de l’histoire inquisitoriale : Thelmis consacra l’essentiel de son existence à l’éradication des cultes immortels, appliqua cette doctrine jusque contre sa propre famille, puis utilisa les ressources, les connaissances et les méthodes de l’Inquisition afin d’atteindre lui-même le plan Immortel et d’y tuer la déité dont sa femme et ses enfants avaient été les fidèles. Thelmis avait épousé Deme’Thyr , femme inarim issue d’une famille vouant depuis plusieurs générations une prière clandestine à Akhlyss, la Veilleuse des Âmes Fragiles . Cette déité sectaire, considérée comme relativement bienveillante, était priée afin de recueillir les âmes mortes sans défense et de les empêcher de tomber sous l’influence d’Immortels hostiles. La famille de Deme’Thyr avait connu plusieurs enfants mort-nés au fil des générations, tandis qu’elle-même et Thelmis perdirent un enfant avant la naissance de leurs deux autres descendants, Sae’Vhar et Ner’Kael . Deme’Thyr transmit à ces derniers la conviction que les âmes fragiles, incapables de défendre leur propre destinée après la mort, devaient être confiées à la garde d’Akhlyss. Une enquête conduite plusieurs années plus tard par Thelmis révéla cette pratique familiale. Deme’Thyr refusa d’abandonner sa dévotion malgré les interrogatoires et les violences destinés à obtenir son renoncement, tandis que Sae’Vhar et Ner’Kael furent considérés comme trop profondément imprégnés de cette doctrine pour qu’une libération sans risque soit envisagée. Thelmis choisit finalement d’appliquer lui-même la sentence et conduisit sa femme ainsi que ses deux enfants au bûcher, considérant que s’il devait les perdre au nom de son devoir, leur mort devait au moins être administrée par celui qui les aimait plutôt que confiée à un étranger. Il demeura ensuite en service et redoubla d’activité, tentant d’étouffer son deuil dans son devoir. Cette fuite échoua progressivement et transforma son chagrin en une campagne de vengeance dirigée contre Akhlyss elle-même. Thelmis considéra finalement que l’exécution des fidèles ne frappait que les conséquences d’un problème dont la source immortelle demeurait hors d’atteinte, et consacra les années suivantes à rechercher un moyen de franchir le seuil séparant les plans. Sa campagne passa par la capture de Klaüss, le Bienfaiteur des Veilles , autre déité sectaire exceptionnellement puissante, capable de projeter à intervalles réguliers un corps physique dans le plan Mortel afin d’y distribuer des présents aux enfants qu’elle jugeait dignes de récompense. Cette incarnation perdait une part immense des capacités ordinaires d’un Immortel, ce qui rendait sa capture temporairement possible. Thelmis lui arracha les connaissances nécessaires à l’étude de la matière permettant à cette enveloppe de traverser les seuils stellaires reliant les plans, puis utilisa ces informations pour préparer son propre passage. Avec l’aide de son ami et camarade inquisitorial k’sarim Isher’Balon , Thelmis remplaça progressivement son corps par un châssis de continuité intégrale . À la fin de la transformation, seul son cerveau demeurait organique, enfermé dans une structure synthétique intégrant un substrat de seuil capable de résister au franchissement d’un astre. Une lame spécialement conçue pour conserver sa cohérence dans le plan Immortel, Dhaeg, l’Arracheuse d’Immortels , complétait son équipement. En 3290, Thelmis traversa un seuil solaire et atteignit le plan Immortel, où il affronta Akhlyss et lui porta le coup mortel en enfonçant Dhaeg dans son abdomen. Durant l’agonie de la déité, il découvrit parmi les âmes qu’elle protégeait celles de Deme’Thyr, de Sae’Vhar, de Ner’Kael et de leur enfant mort-né. La croyance pour laquelle sa famille avait accepté de mourir était donc fondée dans son principe essentiel, puisque la Veilleuse des Âmes Fragiles avait effectivement recueilli et préservé les morts qui lui avaient été confiés. La mort de la déité fut annoncée dans le plan Mortel par trois phénomènes simultanés. Tous les Mortels encore liés à Akhlyss entendirent personnellement son dernier cri, l’astre utilisé par Thelmis prit une coloration rouge sang comparable à celle traditionnellement attribuée au sang immortel, et plusieurs Inquisiteurs entendirent la voix de leur ancien camarade annoncer sa victoire avant que Dhaeg n’apparaisse dans l’un de leurs sanctuaires. Les archives mortelles considèrent Thelmis comme mort depuis cet instant, mais les traditions les plus secrètes attribuent une suite à son histoire. Le meurtre d’Akhlyss aurait laissé les âmes de son domaine sans gardienne, et Thelmis aurait accepté de demeurer auprès d’elles plutôt que de laisser sa vengeance condamner ceux qu’il venait de découvrir. Cet acte, associé au déicide qu’il venait d’accomplir, l’aurait progressivement transformé à son tour en Immortel. Il aurait refusé toute prière, toute institution cultuelle et toute transmission religieuse de son nom afin de ne jamais reproduire la situation qui avait conduit sa propre famille au bûcher, avec l’espoir de disparaître lorsque l’oubli aurait suffisamment affaibli son existence. Aucun élément ne permet toutefois d’établir que cette disparition ait réellement eu lieu. 2. Sources, appellations et prudence de lecture L’affaire du Déicide aux Larmes de Sang appartient aux événements historiquement attestés dans leurs grandes lignes. L’existence de Thelmis Volkaïr, sa fonction inquisitoriale, son mariage, l’exécution de sa famille et sa collaboration avec Isher’Balon apparaissent dans plusieurs archives internes, tandis que la disparition progressive de l’Inquisiteur, les modifications considérables apportées à son corps et la capture d’une manifestation immortelle sont également mentionnées dans des dossiers conservés avec différents niveaux de restriction. La mort d’Akhlyss possède des preuves plus inhabituelles mais suffisamment concordantes pour avoir été admise par l’Inquisition. Les témoignages de ses derniers fidèles décrivent un cri entendu simultanément sans source physique, plusieurs observatoires enregistrèrent la coloration anormale d’un astre au même moment, et les Inquisiteurs présents dans le sanctuaire où Dhaeg apparut laissèrent des récits suffisamment proches pour que l’annonce de Thelmis soit considérée comme authentique. Les événements survenus après son franchissement du seuil solaire restent beaucoup plus difficiles à vérifier, puisqu’aucun témoin mortel n’accompagna Thelmis dans le plan Immortel. La description de la mort d’Akhlyss, la présence des âmes de sa famille et la transformation ultérieure du Déicide reposent donc sur des traditions théologiques, des fragments inquisitoriaux tardifs et des phénomènes dont l’origine demeure discutée. L’appellation de Déicide aux Larmes de Sang apparut après l’événement et associe la larme, symbole historique de l’Inquisition, au sang immortel que les traditions attribuent à la mort d’Akhlyss. Le titre est qualifié de posthume dans les archives mortelles, même si certaines interprétations refusent de considérer Thelmis comme véritablement disparu. 3. Arkh’Trakt et les générations aroviènes actives Thelmis vécut durant Arkh’Trakt, période de reconstruction, de sécurisation et de réorganisation suivant la fin de Dra’Voïna. L’Inquisition Larmoyante y occupait une place croissante, les cultes nés pendant la Grande Guerre ayant survécu sous des formes dispersées tandis que de nouvelles déités continuaient d’apparaître à partir des espoirs, des peurs et des pratiques mortelles. Les Arovians connurent à cette période une évolution particulière. Leur civilisation demeurait profondément attachée au repos, à l’absence de hiérarchie coercitive, à l’abondance naturelle et à une relation presque ludique avec l’Éther, mais la Grande Guerre avait produit plusieurs générations incapables de retrouver entièrement l’insouciance antérieure. Entre environ 2800 et 3300, une proportion inhabituelle d’Arovians choisit des activités exigeant déplacement, discipline, protection ou engagement durable, et l’Inquisition Larmoyante accueillit une partie de ces volontaires. Leur présence ne transforma jamais l’institution en organisation aroviène, mais elle donna naissance à plusieurs carrières remarquées. Thelmis appartenait à cette population minoritaire qui trouvait dans l’activité, la difficulté et la responsabilité une forme d’équilibre que d’autres membres de son peuple recherchaient dans l’océan, le jeu ou la contemplation. Les témoignages consacrés à ses premières années évoquent un homme capable d’humour hors mission, peu attaché au prestige et relativement indifférent aux hiérarchies sociales ne découlant pas directement d’une responsabilité, alors que cette souplesse disparaissait presque entièrement lorsqu’une influence sectaire était identifiée. 4. Thelmis Volkaïr Thelmis Volkaïr entra dans l’Inquisition Larmoyante relativement jeune et survécut à l’épreuve d’admission, puis à une longue formation consacrée aux cultes, aux manifestations immortelles et aux formes de corruption éthérée. Les archives de ses premières décennies de service le présentent comme un Inquisiteur particulièrement mobile, fréquemment engagé dans des opérations considérées comme dangereuses et suffisamment dévoué pour accepter des affectations que d’autres membres préféraient éviter. Il participa à plusieurs démantèlements de communautés sectaires, récupérations d’artefacts et interventions contre des fidèles capables de manipuler l’Éther. Les détails de ces missions varient selon les dossiers, mais aucune affaire connue de sa première carrière ne suggère une hostilité particulière envers les déités bienveillantes. Thelmis appliquait la doctrine inquisitoriale selon sa formulation la plus stricte : l’intention favorable d’un Immortel ne supprimait pas le risque créé par sa croissance et par l’existence d’un culte extérieur aux panthéons reconnus. Cette fidélité au devoir ne l’empêcha pas de construire une vie familiale. Au cours d’une mission ou d’un déplacement dont les circonstances exactes ne sont plus connues, il rencontra Deme’Thyr, Inarim issue d’une famille dont certaines traditions spirituelles avaient été maintenues avec la discrétion caractéristique de son peuple. Leur union dura suffisamment longtemps pour produire une vie commune stable, malgré les absences répétées de Thelmis et les risques liés à sa profession. La naissance de Sae’Vhar et Ner’Kael suivit une première grossesse terminée par la mort de l’enfant avant sa naissance. Thelmis poursuivit sa carrière pendant ces années en alternant longues missions, retours familiaux et périodes de repos, sans que les sources disponibles indiquent qu’il ait alors soupçonné l’importance de la tradition religieuse conservée par la famille de Deme’Thyr. 5. Deme’Thyr et Akhlyss Deme’Thyr appartenait à une tradition familiale clandestine consacrée à Akhlyss, la Veilleuse des Âmes Fragiles . Cette déité n’appartenait à aucun panthéon racial reconnu et sa vénération était donc considérée comme sectaire par l’Inquisition, indépendamment de la nature protectrice qui lui était attribuée. Akhlyss serait née de la volonté mortelle de préserver les morts incapables de se défendre ou de choisir clairement la puissance à laquelle leur âme devait être liée. Ses prières concernaient principalement les enfants morts trop jeunes, certaines victimes privées de conscience, les âmes brisées par la violence et les défunts dont l’existence n’avait permis aucun attachement religieux suffisamment stable pour garantir leur destination. Les fidèles croyaient qu’Akhlyss recueillait ces âmes avant qu’un Immortel hostile puisse les attirer ou les revendiquer. Son domaine était présenté comme un refuge où les morts demeuraient protégés, sans promesse particulière de récompense, de renaissance ou de faveur accordée aux vivants. La dévotion se concentrait donc davantage sur la protection d’autrui que sur l’obtention d’un bénéfice personnel. La famille de Deme’Thyr avait connu plusieurs enfants mort-nés au fil des générations, ce qui avait progressivement intégré la croyance en Akhlyss à sa mémoire familiale. Chaque nouvelle naissance était accompagnée de prières destinées à la déité, tandis que les morts prématurées lui étaient confiées afin que leurs âmes ne restent pas sans protection. La perte du premier enfant de Deme’Thyr et Thelmis renforça encore cette tradition, puisque Deme’Thyr pria pour que l’âme du bébé soit recueillie avant d’enseigner plus tard à Sae’Vhar et Ner’Kael que les âmes fragiles devaient être défendues lorsqu’elles ne pouvaient le faire elles-mêmes. 6. L’enquête familiale L’affaire commença comme une enquête sectaire ordinaire. Plusieurs indices conduisirent Thelmis vers des prières adressées à une déité gardienne des morts dont les pratiquants ne formaient ni organisation publique, ni temple important, ni hiérarchie visible. La transmission s’effectuait principalement au sein de familles et de petits groupes, ce qui compliquait l’identification des personnes concernées sans réduire le caractère sectaire de la pratique. Les traces étudiées par Thelmis se rapprochèrent progressivement de son propre foyer. Les formulations employées dans certaines prières, les objets conservés après des décès infantiles et plusieurs habitudes funéraires lui permirent d’identifier la tradition de Deme’Thyr, puis de comprendre qu’elle l’avait transmise à leurs enfants. La découverte ne provoqua pas immédiatement l’exécution. Thelmis tenta d’abord de déterminer si la croyance relevait d’une pratique privée susceptible d’être abandonnée ou d’un enseignement suffisamment structuré pour entretenir durablement le lien avec Akhlyss. Il constata que Deme’Thyr considérait cette transmission comme une responsabilité morale et que Sae’Vhar comme Ner’Kael reproduisaient volontairement certaines prières apprises auprès de leur mère. La qualification sectaire devint alors difficile à éviter selon les règles inquisitoriales. Plusieurs personnes pratiquaient une même croyance, une doctrine était transmise entre générations et un Immortel extérieur aux panthéons reconnus se trouvait directement renforcé par cette continuité. Thelmis ne contesta jamais officiellement ce diagnostic, même lorsque ses conséquences commencèrent à concerner directement sa propre famille. 7. Les interrogatoires de Deme’Thyr La responsabilité de l’enquête aurait pu être transférée à d’autres Inquisiteurs. Thelmis refusa cependant de se retirer entièrement de l’affaire et demanda à conduire une partie des interrogatoires, son objectif initial étant d’obtenir le renoncement de Deme’Thyr afin d’éviter son exécution. Les interrogatoires utilisèrent progressivement les méthodes ordinaires de l’Inquisition. Les arguments théologiques furent suivis d’isolement, de pression psychologique et de violences physiques, auxquelles Thelmis participa personnellement lors de plusieurs séances. Les sources divergent sur l’intensité des sévices qu’il administra lui-même, mais toutes établissent que la séparation entre sa fonction et sa relation conjugale disparut pendant cette période. Deme’Thyr conserva néanmoins sa croyance. Son refus ne reposait pas sur la promesse d’un pouvoir, d’une faveur personnelle ou d’une récompense après la mort, mais sur la conviction qu’abandonner Akhlyss revenait à retirer une protection aux âmes que sa famille lui avait confiées. La question de leur enfant mort-né occupait une place centrale dans cette fidélité, puisque Deme’Thyr acceptait plus facilement sa propre condamnation que l’idée de déclarer que l’âme de cet enfant ne méritait plus la protection qu’elle lui avait promise. Sae’Vhar et Ner’Kael avaient reçu cette conviction depuis l’enfance. Leur âge exact au moment des faits n’est pas conservé avec certitude, mais les dossiers les décrivent comme suffisamment âgés pour comprendre la nature de la prière et suffisamment imprégnés de la tradition familiale pour la reproduire volontairement. Les tentatives de rupture doctrinale échouèrent également auprès d’eux, ce qui conduisit finalement à la condamnation des trois membres de la famille. 8. Le bûcher Thelmis demanda à conduire personnellement l’exécution, sans que les documents disponibles permettent d’y voir une tentative de prouver sa fidélité ou d’obtenir une reconnaissance particulière auprès de ses supérieurs. Les témoignages conservés indiquent plutôt qu’il refusait que la dernière action subie par sa famille soit accomplie par un étranger et considérait sa propre présence comme la dernière forme de responsabilité qu’il pouvait encore exercer envers eux. Le bûcher fut préparé selon les procédures utilisées contre certains fidèles sectaires de l’époque. Thelmis supervisa sa mise en place, accompagna Deme’Thyr, Sae’Vhar et Ner’Kael jusqu’au lieu de l’exécution et déclencha lui-même la sentence, restant auprès du site jusqu’à la fin sans demander que sa famille soit soustraite à la peine. Les archives ne conservent aucune retranscription fiable de leurs dernières paroles. Plusieurs récits tardifs inventèrent des accusations, des pardons ou des prières finales, mais aucun document contemporain ne permet de retenir ces éléments avec certitude. Les témoignages les plus proches des faits décrivent principalement l’attitude de Thelmis et insistent sur sa volonté de ne pas déléguer un acte qu’il considérait comme sa responsabilité personnelle. Cette décision fut longtemps présentée comme l’une des expressions les plus absolues du devoir inquisitorial, puisqu’un Inquisiteur avait appliqué contre les êtres qu’il aimait une règle qu’il avait imposée pendant des années à des inconnus. La suite de son existence compliqua profondément cette interprétation et transforma progressivement cet exemple de fidélité institutionnelle en l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire de l’Inquisition. 9. Le retour au devoir Après l’exécution, Thelmis ne quitta pas l’Inquisition et reprit rapidement ses missions en demandant à être affecté aussi souvent que possible aux opérations dangereuses. Ses périodes de repos diminuèrent, ses déplacements augmentèrent et plusieurs collègues remarquèrent une modification durable de son rapport au risque, sans qu’aucun abandon officiel de ses responsabilités soit enregistré. Il ne manifesta pas non plus de volonté immédiate de renier l’institution. Il continua à rechercher les cultes, à conduire des interrogatoires et à appliquer les sentences, comme s’il cherchait à prouver par l’activité que le devoir pouvait rester supérieur à la souffrance personnelle. Cette stratégie échoua progressivement, puisque les années suivantes transformèrent son deuil en obsession et son incapacité à accepter la perte de Deme’Thyr et des enfants en hostilité dirigée contre l’Immortel ayant reçu leurs prières. Son raisonnement évolua alors vers une conclusion que l’Inquisition n’avait jamais transformée en doctrine opérationnelle. Si les fidèles renforçaient une déité sectaire et si leur élimination visait à limiter cette croissance, la destruction de la déité elle-même constituait théoriquement une solution plus définitive que celle de ses croyants. Thelmis commença donc à étudier les seuils séparant les plans et à rechercher les rares phénomènes permettant à un Immortel de franchir cette frontière. 10. Klaüss, le Bienfaiteur des Veilles Les recherches de Thelmis le conduisirent à Klaüss, le Bienfaiteur des Veilles , déité sectaire extrêmement ancienne et puissante dont la présence était particulièrement liée aux espoirs des enfants. Klaüss était associé à la bonté récompensée, aux présents inattendus et à l’espoir qu’une existence difficile puisse contenir au moins une période de générosité. Sa puissance provenait moins d’un culte organisé que de la quantité immense d’enfants qui attendaient sa venue, lui adressaient des souhaits ou reproduisaient les traditions associées à ses passages. Sa particularité intéressait davantage Thelmis que ses domaines. À intervalles réguliers, Klaüss était capable de quitter partiellement le plan Immortel en construisant ou en empruntant une enveloppe physique adaptée au plan Mortel, puis d’utiliser cette incarnation pour parcourir plusieurs mondes et y abandonner des présents avant de rejoindre son domaine. Le passage imposait un coût considérable, puisqu’une part majeure de la puissance immortelle de Klaüss demeurait de l’autre côté du seuil. Son incarnation mortelle conservait des capacités extraordinaires mais devenait vulnérable à des moyens que sa forme complète aurait pu ignorer. Thelmis étudia cette faiblesse pendant plusieurs années et prépara une opération destinée à immobiliser la manifestation pendant l’une de ses visites. La capture réussit et permit à Thelmis d’étudier la matière non organique grâce à laquelle l’enveloppe de Klaüss survivait au franchissement. Les méthodes employées dépassèrent largement celles qu’il avait autrefois condamnées lorsqu’elles étaient pratiquées par des sectes, puisque des prélèvements furent effectués sur le corps de l’incarnation et que la déité fut contrainte de révéler une partie du fonctionnement de son passage. Le destin exact de cette incarnation après l’opération demeure inconnu, mais Klaüss continua d’exister, ce qui exclut tout second déicide. 11. Le substrat de seuil La matière étudiée sur Klaüss reçut plus tard dans les notes d’Isher’Balon le nom de substrat de seuil . Elle ne constituait pas simplement un matériau suffisamment résistant pour supporter une température extrême, puisque sa structure semblait maintenir une continuité entre des états de réalité incompatibles pendant le passage d’un plan à l’autre. Les étoiles lumineuses avaient déjà été associées à plusieurs phénomènes de connexion entre le plan Mortel et le plan Immortel, mais leur traversée demeurait impossible pour un organisme ordinaire. La matière biologique perdait sa cohérence avant que le passage puisse être achevé, ce qui conduisit Thelmis à considérer que tout voyageur souhaitant reproduire le trajet de Klaüss devait réduire au minimum la quantité de matière organique transportée. Cette conclusion transforma son projet initial. Il ne suffisait plus de construire une protection capable d’envelopper son corps, car le corps lui-même constituait l’élément le plus fragile du passage. La préparation du déicide exigeait donc que Thelmis cesse progressivement de dépendre de sa propre anatomie. 12. Isher’Balon et le châssis de continuité intégrale Isher’Balon était un Inquisiteur k’sarim, ami ancien de Thelmis et spécialiste des transformations corporelles avancées. Les K’Sarim considéraient depuis longtemps les implants et remplacements mécaniques comme des prolongements possibles du corps, ce qui rendait leurs connaissances particulièrement adaptées au projet. La transformation de Thelmis fut progressive. Des membres furent remplacés, puis plusieurs organes, systèmes sensoriels et structures vitales, tandis qu’Isher’Balon transférait davantage de fonctions vers un réseau synthétique conçu pour maintenir la continuité de l’esprit malgré la disparition du corps d’origine. Le résultat final fut désigné comme un châssis de continuité intégrale . Thelmis ne possédait plus de cœur biologique, de poumons, de système digestif ni de membres organiques, et son cerveau constituait le dernier élément vivant de son ancienne anatomie. Celui-ci demeurait enfermé dans un compartiment protégé par plusieurs couches de matériaux synthétiques tandis qu’une partie du châssis incorporait le substrat de seuil étudié à partir de Klaüss. Les archives ne permettent pas de déterminer précisément ce qu’Isher’Balon savait du but final de la transformation. Certains textes le présentent comme un collaborateur pleinement conscient de la tentative de déicide, tandis que d’autres affirment que Thelmis lui avait seulement parlé d’une exploration du seuil solaire destinée à comprendre les mouvements immortels. Aucune accusation officielle ne fut prononcée contre Isher’Balon après les événements, ce qui n’a jamais permis de trancher définitivement la question de sa complicité. 13. Dhaeg, l’Arracheuse d’Immortels Thelmis fit également préparer une arme destinée à conserver sa cohérence après le passage. La lame reçut le nom de Dhaeg et sa conception exacte demeure secrète, même si les analyses postérieures indiquent qu’elle intègre plusieurs matériaux inconnus des armureries ordinaires ainsi qu’une petite quantité de substrat de seuil. Sa structure permettait probablement de conserver une existence physique dans le plan Immortel suffisamment longtemps pour atteindre une entité qui n’aurait normalement offert aucune prise à une arme mortelle. Rien n’indique que Dhaeg aurait été capable de tuer une déité depuis le plan Mortel ou que son efficacité puisse être reproduite sans le passage préalable de son porteur. L’appellation l’Arracheuse d’Immortels fut ajoutée après le retour de la lame dans le plan Mortel. Le pluriel ne correspond pas à son histoire connue, puisqu’un seul Immortel fut tué par son tranchant, mais exprime la possibilité désormais démontrée qu’une arme de cette nature puisse atteindre d’autres êtres semblables. Dhaeg ne fut pas initialement conçue comme un symbole inquisitorial, puisqu’elle représentait la vengeance personnelle de Thelmis et l’aboutissement d’un projet dont l’institution ne semble pas avoir officiellement autorisé toutes les étapes. Sa réapparition après la mort d’Akhlyss transforma néanmoins la lame en artefact majeur de l’Inquisition et en preuve matérielle qu’un Immortel pouvait être atteint par une arme forgée dans le plan Mortel. 14. Le franchissement du seuil solaire En 3290, Thelmis disparut du plan Mortel après avoir choisi une étoile suffisamment stable pour servir de seuil. Les reconstitutions indiquent qu’il s’approcha de ses couches lumineuses et engagea son châssis dans la traversée sans qu’aucun vaisseau connu ne l’accompagne jusqu’au terme du passage. Le substrat de seuil empêcha la destruction immédiate de sa structure artificielle, tandis que le compartiment contenant son cerveau demeura isolé autant que possible des transformations affectant le reste du châssis. Les instruments mortels cessèrent cependant rapidement de recevoir des informations exploitables, ce qui rend toute description du passage lui-même spéculative. Les récits théologiques considèrent qu’il atteignit le plan Immortel avec suffisamment de matière, de mémoire et de volonté pour poursuivre sa mission. Les événements ultérieurs, notamment la mort d’Akhlyss et le retour de Dhaeg, constituent les principaux arguments en faveur de la réussite du franchissement. 15. Le déicide d’Akhlyss Aucun récit contemporain ne permet de reconstruire entièrement l’affrontement entre Thelmis et Akhlyss. Les versions postérieures parlent d’une lutte opposant une gardienne immortelle pleinement puissante dans son propre plan à un Mortel dont le corps avait été presque entièrement sacrifié afin de pouvoir l’atteindre. Akhlyss ne disposait d’aucune raison connue de vouloir la destruction de Thelmis ou de sa famille. Son domaine concernait la protection des âmes vulnérables et rien n’indique qu’elle ait elle-même provoqué l’adhésion de Deme’Thyr. Le conflit naquit donc de la décision du Déicide de considérer l’existence de la déité comme la cause ultime d’une tragédie dont elle avait pourtant été l’objet de croyance plutôt que l’instigatrice directe. Thelmis parvint jusqu’à elle avec Dhaeg et lui porta une blessure mortelle dans l’abdomen. La lame traversa la matière immortelle d’Akhlyss et produisit une blessure dont elle ne put se libérer, tandis que le sang attribué aux Immortels se répandait autour de l’arme et que la cohérence de la déité commençait à disparaître. C’est au cours de cette agonie que Thelmis aperçut les âmes protégées par Akhlyss et reconnut parmi elles les membres de sa propre famille. 16. La famille retrouvée Deme’Thyr se trouvait parmi les morts confiés à Akhlyss, accompagnée de Sae’Vhar, de Ner’Kael et de l’enfant mort-né dont la perte avait renforcé des années auparavant sa dévotion familiale. La découverte modifia profondément le sens du déicide alors même que celui-ci ne pouvait plus être interrompu sans conséquence. Deme’Thyr avait accepté les interrogatoires, la torture et finalement la mort parce qu’elle croyait qu’Akhlyss protégeait réellement les âmes incapables de se défendre. Ses enfants avaient reçu la même conviction, tandis que l’enfant perdu avant leur naissance constituait l’une des raisons les plus intimes de cette fidélité. La présence de ces quatre âmes démontrait que la déité avait effectivement rempli la fonction pour laquelle Deme’Thyr avait refusé de renoncer à elle. Cette révélation ne rendait pas rétroactivement son culte acceptable selon la doctrine de l’Inquisition, puisque sa nature sectaire et sa transmission familiale restaient établies. Elle démontrait cependant que Deme’Thyr n’avait pas défendu une fraude, une manipulation ou une interprétation erronée des pouvoirs de sa déité. Les âmes qu’elle voulait préserver avaient effectivement été accueillies et protégées. Thelmis obtint donc sa vengeance au moment même où il découvrit que la croyance ayant conduit sa famille au bûcher reposait sur une réalité métaphysique véritable. La blessure d’Akhlyss était alors déjà mortelle, et aucune source ne rapporte qu’il ait tenté de retirer Dhaeg ou de sauver la déité qu’il venait de condamner. 17. Le Cri, l’Astre Rouge et le retour de Dhaeg La mort d’Akhlyss produisit trois phénomènes considérés comme contemporains. Les Mortels encore liés à la Veilleuse des Âmes Fragiles entendirent son dernier cri, sans que celui-ci se propage comme un son ordinaire puisque chaque fidèle le perçut personnellement, quelle que soit sa localisation, alors que les personnes présentes autour de lui n’entendaient pas nécessairement quoi que ce soit. L’étoile traversée par Thelmis changea simultanément de couleur et sa lumière prit une teinte rouge profonde comparée dans les chroniques au sang immortel. Cette coloration persista suffisamment longtemps pour être enregistrée par plusieurs observatoires avant de disparaître progressivement, ce qui fournit une preuve extérieure indépendante des témoignages religieux. Dans le même temps, plusieurs membres de l’Inquisition Larmoyante présents dans un sanctuaire entendirent la voix de Thelmis annoncer la réussite de son objectif et la mort d’Akhlyss. Aucun appel à la prière, aucun ordre et aucune demande de secours n’accompagnèrent cette déclaration, puis Dhaeg apparut physiquement dans le sanctuaire. La lame portait encore des traces d’une matière rouge inconnue des analyses mortelles disponibles à l’époque. Elle fut immédiatement placée sous protection et devint la principale preuve matérielle du déicide, tandis que Thelmis ne réapparut jamais sous une forme physique dans le plan Mortel. 18. Le nouveau Gardien des Âmes Fragiles La version publique de l’histoire s’arrête généralement à la mort d’Akhlyss et à la disparition de Thelmis, mais plusieurs traditions plus rares proposent une conclusion différente. La destruction de la Veilleuse aurait laissé sans protection les âmes réunies dans son domaine, plaçant Thelmis face à une conséquence qu’il n’avait pas anticipée : achever sa vengeance signifiait désormais abandonner Deme’Thyr, ses enfants et une multitude d’autres morts aux forces contre lesquelles Akhlyss les avait protégés. Thelmis aurait alors choisi de demeurer dans le domaine et d’assumer la garde des âmes plutôt que de laisser sa vengeance provoquer une seconde catastrophe. Selon cette tradition, le déicide créa un vide au sein de la fonction occupée par Akhlyss, tandis que l’acceptation volontaire de sa charge fournit à Thelmis une forme de légitimité métaphysique nouvelle. Son châssis, sa volonté et ce qu’il restait de son existence auraient progressivement cessé de relever du plan Mortel jusqu’à produire une présence immortelle capable de maintenir la protection du domaine. Cette transformation aurait imposé au Déicide un paradoxe qu’aucune de ses décisions précédentes n’avait prévu. Il avait exécuté sa famille parce qu’elle renforçait une déité sectaire et se retrouvait désormais à la place de cette même puissance, susceptible d’être à son tour nourri par les croyances mortelles et de provoquer l’apparition d’un nouveau culte. Les traditions attribuent donc à Thelmis un refus absolu de toute prière. Aucune doctrine ne devait être fondée en son nom, aucun temple ne devait transmettre son histoire comme une religion et aucune famille ne devait renforcer sa puissance en lui confiant consciemment ses morts. Il aurait cherché à accomplir la fonction nécessaire aussi longtemps que possible tout en laissant son nom disparaître progressivement, jusqu’à ce que l’oubli produise la disparition normalement associée à la mort d’un Immortel privé de croyance. Aucun élément ne permet cependant d’établir que cet oubli ait réellement entraîné sa disparition. Certains phénomènes funéraires tardifs attribués autrefois à Akhlyss continuèrent après son déicide malgré l’absence de croyants suffisamment nombreux pour expliquer sa survie, ce qui entretient l’hypothèse selon laquelle Thelmis protégerait encore des âmes sans accepter qu’elles deviennent la source d’une nouvelle religion. 19. Héritage inquisitorial et interprétations Le déicide de 3290 modifia profondément les études consacrées aux Immortels. L’événement démontra qu’une déité pouvait être tuée dans son propre plan par un être issu du plan Mortel, à condition que celui-ci parvienne à franchir le seuil, à conserver sa cohérence et à disposer d’un moyen capable de blesser une puissance immortelle. Cette découverte ne provoqua pas une campagne générale de déicides. Les conditions réunies par Thelmis étaient trop particulières, le substrat de seuil demeurait extrêmement difficile à reproduire et aucun autre Immortel connu ne se présentait régulièrement dans le plan Mortel avec une incarnation vulnérable comparable à celle de Klaüss. Dhaeg fut néanmoins conservée comme artefact inquisitorial majeur et acquit une valeur symbolique considérable, puisqu’elle démontrait qu’une puissance sectaire ne pouvait plus être considérée comme absolument hors d’atteinte par nature. La mémoire de Thelmis demeure plus embarrassante. Une lecture héroïque présente un Inquisiteur ayant poursuivi sa mission au-delà de la limite imposée à tous les Mortels et détruit définitivement une déité sectaire, tandis qu’une lecture plus sévère rappelle qu’il captura et mutila l’incarnation d’une autre puissance relativement bienveillante, transforma son propre corps jusqu’à n’en conserver que le cerveau et mena une vengeance personnelle que l’Inquisition n’avait jamais exigée. La situation de Deme’Thyr complique encore cette interprétation. L’Inquisition avait correctement identifié une déité extérieure au panthéon reconnu, une transmission doctrinale familiale et plusieurs croyants organisant consciemment cette transmission. Son diagnostic sectaire ne fut donc jamais officiellement considéré comme erroné, tandis que la découverte du domaine d’Akhlyss démontrait parallèlement que Deme’Thyr avait également raison sur le fait essentiel motivant sa fidélité, puisque la déité protégeait réellement les âmes vulnérables qui lui étaient confiées. L’affaire Volkaïr demeure ainsi l’un des exemples les plus étudiés de conflit entre plusieurs vérités incapables de coexister sans violence. Thelmis resta fidèle à la doctrine lorsqu’il condamna sa famille, s’en éloigna lorsqu’il transforma son deuil en vengeance personnelle, accomplit ensuite l’objectif théorique le plus radical de cette même doctrine en détruisant un Immortel sectaire, puis aurait achevé son existence mortelle en assumant précisément la fonction de celui qu’il avait supprimé. Son titre de Déicide aux Larmes de Sang conserve cette contradiction en réunissant dans une même appellation le symbole inquisitorial de la larme et le sang de l’Immortel qu’il était parvenu à tuer. 20. Points contestés et zones d’ombre Chronologie précise de la famille Volkaïr. L’année 3290 correspond au déicide d’Akhlyss, mais les dates exactes du mariage de Thelmis et Deme’Thyr, de la naissance de leurs enfants, de la grossesse interrompue et de l’exécution familiale restent moins bien établies. Plusieurs années, probablement davantage, séparèrent le bûcher du franchissement du seuil solaire. Âge de Sae’Vhar et Ner’Kael. Les dossiers confirment leur participation consciente aux prières familiales, mais les copies accessibles ne conservent pas leur âge de manière stable. Leur degré réel d’endoctrinement et la possibilité qu’une réhabilitation ait pu réussir constituent encore l’un des aspects les plus contestés de la sentence. Responsabilité de Thelmis dans les interrogatoires. Sa participation aux interrogatoires de Deme’Thyr est admise, mais l’intensité exacte des violences qu’il exerça personnellement varie selon les archives. Les versions les plus sévères lui attribuent presque toutes les séances destinées à obtenir son renoncement, tandis que d’autres distinguent les actes qu’il ordonna de ceux qu’il exécuta directement. Nature d’Akhlyss. La fonction protectrice de la déité semble confirmée par plusieurs phénomènes postérieurs. Rien ne permet toutefois d’établir si elle recueillait toutes les âmes fragiles disponibles ou uniquement celles qui lui avaient été explicitement confiées par une prière ou un lien culturel. Capture de Klaüss. La capture de l’incarnation du Bienfaiteur des Veilles est mentionnée dans plusieurs dossiers, mais le lieu, la durée et les méthodes exactes restent occultés. Le destin de l’enveloppe utilisée pendant cette visitation et l’attitude ultérieure de Klaüss envers Thelmis demeurent également inconnus. Reproductibilité du substrat de seuil. Isher’Balon réussit à intégrer ce matériau au châssis de Thelmis, mais aucun document public ne démontre qu’une production stable à grande échelle ait jamais été obtenue. La rareté de la matière constitue probablement l’une des principales raisons pour lesquelles le déicide ne devint pas une procédure inquisitoriale ordinaire. Nature exacte de Dhaeg. La lame a survécu et demeure matériellement attestée, mais la manière dont elle tue un Immortel n’est pas comprise avec certitude. Certaines analyses attribuent son efficacité au substrat de seuil, d’autres à sa conception éthérée, tandis que quelques traditions considèrent que son pouvoir dépendait également de l’état particulier atteint par Thelmis pendant la traversée. Présence de la famille auprès d’Akhlyss. La découverte de Deme’Thyr et des enfants constitue le centre tragique des traditions complètes, mais aucun témoin mortel ne l’observa. Les historiens les plus prudents admettent la cohérence de cette version sans pouvoir la confirmer matériellement. Transformation de Thelmis en Immortel. La théorie selon laquelle le meurtre d’Akhlyss et l’acceptation de sa fonction transformèrent Thelmis demeure impossible à vérifier depuis le plan Mortel. Aucun culte reconnu ne lui est consacré, conformément au refus qui lui est attribué, et cette absence de croyance rend paradoxalement son existence ultérieure particulièrement difficile à démontrer. Disparition par l’oubli. Les traditions affirment que Thelmis souhaitait disparaître lorsque la mémoire de son existence ne suffirait plus à soutenir sa nature immortelle. Aucun événement connu ne permet de dater cette disparition, tandis que la persistance occasionnelle de phénomènes associés à la protection d’âmes sans gardien entretient la possibilité qu’il ait survécu au processus d’oubli ou qu’une autre forme de lien suffise encore à maintenir son existence.